Ceci est une transcription modifiée d’une conférence fictive donnée à Stéréolux, Nantes, le 18 Décembre 2019. Sous pseudonymes, nous avons tenté de donner forme à un possible futur mêlant travail de la donnée et citoyenneté numérique. Notre propos prend la forme d’études de cas agrémentées d’artefacts spéculatifs, visant à amener une certaine plausibilité et tentant, sans malveillance aucune, d’amener l’audience à accepter la fiction comme un fait — la session de questions-réponses étant elle aussi réalisée avant que soit révélée la nature fictive du projet.

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English version here
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NANTES, Dec 18 2019.

“Combien d’entre vous accepteraient de communiquer leurs données personnelles à une entreprise, sans contrepartie aucune ?” Silence amusé. “Combien sont inscrits à un programme de fidélité de quelque nature que ce soit – compagnies aériennes, carte de supermarché, Amazon prime… ?” Les mains se lèvent dans un silence gêné. “Pourquoi souscrire à la chose même que vous rejetez si catégoriquement”, nous demandons. “Par commodité ? Pour les bons plans ?” Ces avantages, selon nous, sont pure fiction — “une prophétie auto-réalisatrice alimentée par notre adhésion collective.” 

Vers une monétisation éthique des données

La conférence est tenue par Korantin Spiegel et Azhar Abassi, deux personnages fictifs qui assument respectivement les rôles d’expert en marchés numériques et de chef de projet de EXCEED — la nouvelle et non moins fictive Commission Exécutive Européenne pour l’Échange Éthique des Données. Son titre : “Euromesh, Dataculture & Domaine Privé — Pour une Monétisation Équitable des Données.” Elle conclut une journée de conférences et d’ateliers sur le thème “duper la machine”, coordonnée par Design Friction, le 12 décembre 2019 à Stereolux, Nantes. Durant cet événement, de nombreux intervenants ont présenté leurs recherches et travaux, suscitant un débat passionné sur les thèmes de la vie privée, de sa protection, et des politiques de la donnée. Pourquoi de tels efforts pour protéger notre vie privée — de qui, de quoi ? D’un gouvernement dictatorial ? De corporations malveillantes ?

Craignons-nous la surveillance intrusive de Big Brother, ou simplement la négligence due à l’absence de cadre législatif approprié — comme dans l’exemple de l’application de jogging Strava qui, lors d’un coup de marketing visant à révéler les parcours d’exercices des utilisateurs dans le monde entier, a involontairement rendu visible l’emplacement de bases militaires secrètes ? Essayons-nous d’échapper à la colère des hackers, ou les vénérons-nous pour leur humour contestataire et leurs actions révolutionnaires ? La protection de la personne, disons-nous, est un droit fondamental ; elle ne peut cependant pas être le seul moteur du progrès, et nous devons éviter de sombrer dans une forme de conservatisme numérique. Bien au contraire: les militants du numérique doivent utiliser leurs connaissances et leurs compétences pour proposer des alternatives politiques réalistes.

Donnée et action sociale

Big Data étant en passe de devenir notre nouvel étalon-or, le moment est venu d’évaluer son effet sur la société actuelle, ainsi que ses futurs développements. Pourrions-nous, par exemple, nous éloigner des inclinations capitalistes et réorienter l’économie de la donnée vers un nouveau modèle social, et réfléchir de ce fait à de nouveaux droits pour les citoyens numériques ?

Alors que les mains se baissent, nous enchaînons avec une expérience de pensée moins triviale. “Qui ici donnerait ses données médicales, de quelque nature qu’elles soient, jusqu’au séquençage de l’ADN, si cela pouvait sauver sa propre vie ?” Les mains sont de retour. “La vie d’un être cher ?” Pas de mouvement—les mains restent en l’air. “La vie de quelqu’un que vous ne connaissez pas ?” Hésitation. “Qui donnerait ses données médicales pour faire avancer la recherche médicale ?” Le public devient divisé. Un article publié dans Wired en 2016, dont le titre est une citation du spécialiste en biologie moléculaire et informatique Eric Schadt, affirme que Le Remède au Cancer est la Donnée — des Montagnes de Données. Le texte explique que le séquençage de l’ADN de 10 millions de personnes aiderait à construire une base de données suffisamment complète pour permettre une solution algorithmique au problème de santé publique. Bien que technocentrique, une telle perspective suscite l’espoir d’une baisse de la mortalité et d’une relance économique – rien qu’en 2015, le cancer a coûté 895 milliards de dollars à l’échelle mondiale. La proposition suscite toutefois des inquiétudes quant aux risques d’eugénisme, ouvrant la voie à de nouvelles formes d’inégalités basées sur les prédispositions de chacun, notamment au regard du financement de l’assurance santé.

Nous continuons: “données et écologie”, ou comment la collecte de données environnementales et de consommation ouvre la voie à des infrastructures plus adaptables et réactives, de sorte que seules les ressources réellement nécessaires soient produites — après tout, le meilleur déchet est celui qui n’existe pas. Nous présentons GAIAI, élément central de la fiction imaginée pour l’Institut d’Études Avancées pour le Développement Durable de Potsdam, comme un exemple de gouvernance environnementale algorithmique. “Données contre culture” : les données sur notre consommation culturelle permettent-elle la production de contenus personnalisés, et quelles seraient les conséquences d’une telle adaptation du produit au consommateur ? Nous laissons la question en suspens. “Données contre gouvernement”. Nous abordons le sujet du comportement personnel en tant qu’acte politique et, à travers l’exemple du parti machine éveloppé dans le cadre d’un atelier de design fiction à Mexico, nous examinons l’idée d’une gouvernance statistique et algorithmique en tant qu’alternative viable à un corps politique corrompu.

Cette mise en bouche terminée, nous dévoilons nos arguments en faveur d’une nouvelle économie de la donnée, la présentant comme une approche réaliste pour un véritable revenu universel — un concept déjà en transition de la main de l’État interventionniste à celle du marché libre, où l’idée de “retour sur investissement” remplace celle du bien public. Quelque part à la convergence de ces deux mondes se trouve la possibilité d’une compensation basée sur l’échange éthique de données, supervisée par un organisme intergouvernemental protecteur et puissant. Trois grands défis doivent être relevés pour accomplir cette vision, qui nécessite

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un accès à des données réellement libres et ouvertes, poussant les citoyens à devenir des acteurs informés du système plutôt que de simples utilisateurs;

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une norme sûre, inclusive et généralisée pour les bases de données, assurant une interopérabilité rapide et aisée; et

3

des données de bonne qualité c’est-à-dire lisibles, utiles, contextualisées, étiquetées, complètes et récoltée avec le consentement entier et sans équivoque de leur source: le citoyen numérique.

“Bonne nouvelle”, nous ajoutons, “ce type de législation est précisément ce que l’Union européenne fait le mieux, et nous avons d’ores et déjà mis en place un cadre englobant à la fois leurs aspects techniques et juridiques”.

Cette initiative européenne fictive a donné naissance à un nouveau statut, celui de “citoyen numérique européen”, pierre angulaire d’un système pensé en alternative aux deux modèles dominants: l’économie ultralibérale américaine axée sur un marché libre de la donnée, et le système punitif de crédit social made in China. Il est conçu pour fonctionner comme une économie à somme nulle générant des richesses par le biais d’un système à l’architecture complexe, mais simple d’usage. Nous illustrons par l’exemple d’une boîte de nuit de Rotterdam, dont l’ingénieuse infrastructure technique permet d’exploiter l’énergie provenant du mouvement des visiteurs pour alimenter ses systèmes son et lumière. Tout ce qu’ont à faire les visiteurs pour bénéficier d’une entrée gratuite: danser.

2017 — 2019: Le projet pilote

L’histoire se poursuit avec la description d’un projet pilote, évidemment fictif, mis en place depuis deux ans aux Pays-Bas. En collaboration avec son Université Technique, la ville d’Eindhoven offre à quelque 7500 résidents la possibilité de participer à l’expérience, qui offre divers avantages basés sur trois différents niveaux de participation. 

Les utilisateurs “standard”, qui consentent au minimum requis pour participer (séquençage ADN et collecte de données biométriques, visuelles, de géolocalisation, d’interaction et de consommation), se voient compenser par la gratuité de certains produits et services chez les partenaires locaux : paniers de nourriture répondant aux besoins de base, transport urbains, forfait énergie (200kWh/m2/an/personne), accès privilégié au logement, et assurance maladie couvrant tous les besoins médicaux ainsi que les urgences et la pédiatrie. Ces citoyens numériques s’engagent à porter des balises faciales détectables par caméra infrarouge, qui permettent d’identifier rapidement les participants ainsi que leur consentements respectifs, anonymisant dans un même temps la présence de toute personne extérieure au projet. Les participants se voient en outre attribuer un passeport européen, précisant leur nouveau statut de citoyen numérique et permettant un suivi dans tous les états membres.

Les utilisateurs “passifs” s’engagent plus avant en permettant la détection de données supplémentaires de leur choix (environnementales, psychologiques, sociales…) sans effort additionnel de leur part, tandis que les “actifs”, familièrement appelés “moissonneurs”, altèrent leur routine pour accomplir des missions spéciales de collecte, de vérification ou d’étiquetage des données, devenant ainsi des travailleurs de la donnée à part entière.

Une moisson précise et efficace nécessite cependant des dispositifs précis et efficaces. À cette fin, EXCEED a mis en place un arsenal de collecte spécifique, entièrement conçu par Roland-Geert Van Den Boerderij, alias “RGB” — l’illustre autant que fictif designer néerlandais, réputé pour son approche engagée et son style humaniste — dans le but d’assurer que ces nouveaux objets du quotidien combinent l’utile et l’agréable. Pour les actifs, le temps passé à la collecte ou au raffinement de données offre accès à de nouveaux types d’avantages: télécommunications, maintenance, loisirs, culture ou même services et articles de luxe.

Tout citoyen investi activement est tenu de se rendre facilement identifiable et, dans cette optique, le studio RGB a développé une gamme d’outils de collecte au style unique qui viennent s’ajouter aux balises faciales. La panoplie comprend caméras infrarouges mobiles à commande manuelle (le système proscrit l’utilisation d’appareils autonomes afin d’encourager une collecte de données à échelle humaine), vêtements de sport sensibles, traceurs de regard, bracelets captant oxymétrie, pouls et réponse galvanique, ainsi qu’un kit de prélèvement d’ADN et des pilules permettant la collecte et de données biométriques depuis l’intérieur du corps.

Bien que complexe, ce modèle peut être géré simplement via une interface graphique offrant aux citoyens la possibilité de se spécialiser grâce à un arbre de compétences, de débloquer l’accès à de nouveaux dispositifs et missions, et de suivre les besoins du système. Ce tableau de bord offre aux utilisateurs une vue d’ensemble de leurs outils de collecte et des données récoltés, ainsi qu’un contrôle complet et instantané de leurs différents niveaux de consentement.



Le plus grand mensonge

Ignoré, coché, oublié : le plus grand mensonge sur Internet tient en une phrase — et nous sommes tous coupables. “J’ai lu et j’accepte les termes et conditions.” Avec les images suivantes, nous illustrons comment notre système est conçu pour que le consentement soit explicite et transparent, remettant en cause le statu quo par un changement radical de paradigme: de “non = non”, nous passons à “pas oui = non”. Aussi triviale que cette distinction puisse paraître, elle est la base même de tout modèle qui respecte les citoyens, et souhaite mériter leur confiance. Outre la collecte de données proprement dite, un accord spécifique est requis pour le traitement des données ainsi que pour les croisements — nous l’illustrons par trois exemples de ce que nous appelons le “consentement composite”. Dans le premier exemple, la fusion de deux données peut être nécessaire pour un usage spécifique : l’autorisation doit alors être explicitée pour chacune des données. Dans le second, une même information peut être utilisée pour différentes applications : l’autorisation doit alors être explicitée pour chacun des usages. Le troisième montre deux applications préalablement autorisées pouvant être fusionnées pour générer des avantages supplémentaires : le consentement doit être donné explicitement pour leur croisement. Mais le consentement n’est pas toujours une case à cocher, il peut relever d’un simple choix. Par exemple, une application de guidage peut suggérer aux citoyens d’opter pour un itinéraire plus long entre point A et point B—un détour permettant des récolter des données environnementales importantes. S’il est choisi, l’itinéraire alternatif est enregistré comme une activité de collecte, et contribue au calcul des avantages pour le citoyen.



La réalité du terrain

Suit une série d’études de cas présentant cinq citoyens fictifs, chacun accompagné de son portrait numérique et de divers objets diététiques.

Park-Bong-Cha▯ est une étudiante Coréenne, en échange sur le Campus de l’université technique Philips. Elle enregistre passivement ses interactions sociales à l’aide d’un module attachable sur ses lunettes, qui détecte l’attention qu’elle porte à ce qu’elle voit et ses réactions émotionnelles, de même que celles de ses interlocuteurs — à condition qu’ils soient également citoyens numériques. Elle enregistre également la qualité de son sommeil grâce à son “Oniri”, un bonnet de nuit équipé de capteurs ECG et REM, qui lui permet d’observer et de transmettre les données récoltées le matin. Sa participation active se limite, elle, à des missions de nettoyage des données, qui consistent en une labellisation sémantique, une vérification des bases de données, l’élimination des doublons et la correction des faux positifs grâce à une application dédiée.

Notre deuxième cas est celui de Henk Schenkelaars▯, un veuf retraité vivant seul et en relative autonomie grâce à un “Elmer”. Muni de capteurs visuels, auditifs, infrarouges et de pression, l’aspirateur autonome se double d’un assistant connecté contrôlable par la voix pour aider aux tâches domestiques comme l’appel de contacts, la commande de nourriture ou l’indication lumineuse du chemin des toilettes la nuit. Connecté à un bracelet biométrique que Henk porte en permanence, Elmer peut également détecter tout problème de santé et appeler immédiatement à l’aide. Dans de tels cas, il est capable de désactiver à distance la serrure électronique de la porte et de déclencher une alarme qui signalera l’urgence aux voisins de Henk. Financé par la collecte constante de données, l’Elmer est un service non seulement inestimable, mais aussi gratuit.

Nous présentons ensuite Fatima Van Houten▯, qui travaille comme conductrice de VTC pour entreprises et particuliers. Préoccupée par les questions environnementales, elle conduit depuis plusieurs années un véhicule électrique qu’elle a équipé, lors de son inscription au programme d’EXCEED, de capteurs P4. Ces capteurs, associent analyse de particules fines à un système de géolocalisation et à une capture vidéo continue, lui permettant créer une carte précise et actuelle des niveaux de pollution atmosphérique, des conditions de circulation, et de l’état des routes—elle  en porte également une version collerette offrant une analyse précise de la qualité de l’air qui entre ses poumons, au quotidien. Elle a installé dans les appuie-tête avant des caméras orientées vers la banquette arrière, qui affichent en temps réel l’état émotionnel de ses passagers, et lui permettent d’adapter sa conduite et sa conversation en conséquence. Enfin, elle conserve ses objets de valeur dans un porte-documents connecté, qui partage ses coordonnées à tout moment, tout en sécurisant ses affaires.

Notre quatrième participant, Leendert-Jan Paap, est un citoyen actif — pour ainsi dire un professionnel de la donnée. Sans emploi au moment de l’adhésion, il a vu dans ce nouveau statut une opportunité de générer une forme de revenu. Bien que les contreparties ne soient jamais versées sous forme monétaire, lui qui peinait à joindre les deux bouts peut désormais vivre confortablement. Pour ce faire, il s’est imposé une routine qui ressemble à un emploi véritable: au début de la journée, Leendert-Jan examine les missions disponibles sur l’interface, et en choisit certaines pour lesquelles il a les compétences, l’équipement et le temps nécessaires. Ses favorites sont celles qui l’envoient collecter des données visuelles grâce à une série de caméras sur trépied ou accrochées aux drones-ombrelles développés par RGB. Pendant ses déplacements en ville, il observe les citoyens numériques, l’état de l’environnement, vérifie les infrastructures et déploie sa boîte à outils pour fournir des données précieuses sur la vie urbaine. Au fil du temps, il s’est improvisé ambassadeur du projet : il répond aux questions des passants, explique le système et ses valeurs fondamentales. Avec une partie aussi considérable de sa journée passée dans l’espace public, Leendert-Jan a déjà été témoin de quelques incidents et ne sort plus sans sa trousse de premiers secours.

Finalement, nous présentons le cas de Lieselotte Weij, une sportive de haut niveau qui s’entraîne tous les matins, et profite de son adhésion au système pour comprendre la façon dont son corps se comporte pendant l’effort. Elle s’est donc équipée d’un implant hypodermique biométrique pas plus grand qu’une pièce de deux euros, qui nécessite juste l’insertion indolore d’une petite broche pour surveiller le taux d’acide lactique musculaire. Elle a également commencé à être active en tant que conseillère en matière de données, intervenant sur des erreurs suspectes dans la collecte de données: elle organise des réunions avec d’autres citoyens numériques pour clarifier les protocoles, résoudre les problèmes, et identifier les éventuelles abus — intentionnels ou non. Ce faisant, elle agit comme une interface humaine entre EXCEED et ses utilisateurs, et relaie les préoccupations ainsi que les suggestions. Un exemple d’une telle situation : Lieselotte a un jour été informée de données biométriques anormales et, après enquête, elle a découvert une dame faisant porter à son chat des capteurs qui lui étaient destinés, par “pure curiosité”. Une fois la possibilité d’une fraude délibérée jugée improbable, cet événement a suscité un débat parallèle sur la valeur des données générées par les animaux de compagnie, la possibilité d’étendre le système pour récolter de telles informations, et le risque que certains élèvent des animaux dans le seul but de tirer profit de ces travailleurs de la donnée productifs et dociles.



Et la vie privée dans tout ça ?

Ce modèle, bien que davantage ancré dans le mutualisme que dans le protectionnisme, n’ignore pas les questions de vie privée et de droits individuels liés aux données personnelles. Au contraire, ceux-ci sont intégrés au cœur même du système: une marque personnelle est en effet prévue pour chaque citoyen, les protégeant presque de la même manière que les marques d’entreprise protègent les entreprises en leur donnant un contrôle total sur leur image, sa visibilité, ses utilisations, ainsi qu’une assurance contre toute appropriation illicite de celle-ci. Les données privées sont en outre protégées pendant leur transmission par l’Euromesh, une infrastructure de permettant la distribution du consensus numérique sur le modèle du “Hashmesh” développé par l’équipe de Rajesh Laghari — une alternative à la Blockchain validant les transactions non plus par une “preuve de travail” mais par un principe de consensus volumétrique et d’expérience variable. Derrière ce jargon technique se cache une petite prouesse permettant de réduire l’impact énergétique tout en augmentant à la fois la résistance aux attaques et la vitesse des transactions. Ces deux aspects (marque personnelle et encryption des données) sont associés à une interdiction totale de la publicité et à un principe rigoureux de certification des partenaires, qui renforce les responsabilités des acteurs du secteur privé participant à ce nouveau modèle économique, et une politique stricte d’exclusivité avec EXCEED. L’Union Européenne conserve un droit de regard sur les bases de données et la possibilité de punir financièrement et juridiquement toute infraction aux règles en place — qu’il s’agisse de collecte d’images faciales provenant de caméras de télévision en circuit fermé, du stockage de données biométriques sur des bases de données non certifiées, ou de l’obtention d’informations provenant de non-participants. 



Bienvenue du côté obscur, ou : les limites du consentement

Avant de conclure, nous mettons en avant une séries d’imperfections tout aussi spéculatives, visant à entacher notre présentation — une manière déguisée de titiller le public, prêt à lâcher son vitriol pendant la séance de questions-réponses désormais imminente.

Bien sûr, les implications éthiques d’un tel système sont nombreuses, et il serait arrogant de notre part, en tant que représentants d’une initiative de l’UE, de prétendre avoir tout résolu — en réalité, il ne se passe pas un jour sans qu’un nouveau défi ne se présente. Nous poursuivons avec le triste exemple d’un participant récemment décédé et qui, en tant que cultivateur biométrique, a fourni au système les données relatives à son trépas, ainsi qu’aux quelques heures qui ont suivi, le tout ponctué d’un grand point d’interrogation sur les limites du consentement. Ces données, inestimables, peuvent-elles être utilisées pour la recherche médicale ? Doivent-elles être supprimées immédiatement ? Faut-il mettre en place un système permettant d’arrêter la transmission des données au moment du décès, ou faut-il plutôt prévoir une option permettant aux citoyens de devenir des donneurs de données à titre posthume comme on peut aujourd’hui se déclarer donneur d’organe ? Doit-on prévoir des avantages pour leurs héritiers ? Ce n’est pas à nous, architectes du système, de répondre à de telles questions. Elles doivent au contraire être levées et débattues collectivement par l’ensemble des participants, et c’est là où nous posons la dernière brique de notre système : la politique de collaboration. Chaque fois qu’une nouvelle question concernant le système est posée, elle s’affiche sur le tableau de bord numérique de chaque citoyen, qui obtient ainsi la possibilité d’examiner le problème, de donner son opinion, et de s’engager dans une réflexion collective saine et critique — un peu comme une plateforme de débat, ou l’arrière-plan de Wikipédia. Se posent alors de nouvelles questions: ces débats doivent-ils être initiés et encadrés par des personnes physique ? Pouvons-nous — et devrions-nous — nous orienter au contraire vers une forme de modération automatisée, se référant moins à des opinions conscientes au profit de l’évaluation sémantique des comportements individuels qui peuvent révéler ce que nous-mêmes ne savons pas, ou n’admettons pas? Ceci permettrait-il un politique plus honnête, éliminant les soupçons de partialité et de corruption ? Pouvons-nous — et, encore une fois, devrions-nous — voter sans voter ?

Nous terminons la conférence sur ces questions laissées sans réponse définitive, pour donner à l’audience le temps de poser les siennes. De la problématique de connaître qui développe les outils utilisés pour collecter les données — et la possibilité pour les citoyens de participer à leur conception — à celle de l’hyperconnexion menant à la déconnexion, nous abordons les nombreux aspects relatifs à notre rapport aux données et à la modernité numérique. Ce système peut-il être rendu si transparent qu’il nous libère de notre dépendance au monde connecté ? Ou au contraire nous engloutirait-il entièrement, accélérant la fracture numérique ? “Quand allez-vous donner la réponse à cette mascarade ?”, demande à juste titre une personne qui a remarqué que notre présentation ne respecte pas les normes graphiques des projets soutenus par l’UE. Nous inventons une mauvaise excuse pour maintenir la fiction juste un peu plus longtemps, et affichons un lien vers une page web permettant de s’inscrire à la deuxième vague de l’expérience qui, expliquons-nous, sera lancée en 2020 dans plusieurs régions d’Europe, dont la Loire-Atlantique où nous nous trouvons. Le lien redirige les quelques enthousiastes vers une page révélant la nature fictive du projet, invitant quelques personnes dans le secret. Nous répondons à une question fictive, posée par un complice dans l’audience dont le but semble de nous piéger mais qui, ce faisant, consolide notre histoire: elle porte sur la mauvaise publicité que notre système aurait reçu après que les portes automatiques de certains bâtiments restent fermées aux citoyens numériques, en raison des amendes effrayantes si leurs données venaient à être utilisées par les capteurs des portes. Suit une question sur le risque qu’une grande entreprise comme Philips ignore les règles et abuse ouvertement les données personnelles acquises par ce système, que nous assurons être rendu impossible par l’encryption et la supervision du système, et par les sanctions sévères infligées si des données protégées devaient être identifiées dans des bases de données n’appartenant pas à notre écosystème.

Encore quelques questions, et le rideau tombe: rien de tout cela n’était vrai. Nous expliquons que, bien que la plupart des éléments présentés soient fictifs, les questions soulevées ne sont que trop réelles. Le fait de les replacer dans une réalité alternative, poursuivons-nous, nous permet d’en aborder les aspects essentiels sous un angle différent. Rendant l’hypothétique réel le temps d’une conférence, nous avons fait voyager notre audience par-delà les tropes liés à la protection de la vie privée contre la surveillance, et navigué ensemble les eaux troubles d’un projet à la fois souhaitable — son programme social et solidaire, une tentative d’économie post-capitaliste — et sombre — une forme de communisme incitatif de la donnée ouvrant la porte à de nouvelles formes de privilèges sans remettre en cause ceux déjà en place. Ce reductio ad absurdum a pour but de maintenir notre public aux abois, indécis quant aux aspects de l’histoire qu’il trouve souhaitable et au positionnement des limites morales, et donc de remettre en question les fondements mêmes du sujet. Des problématiques importantes ont été soulevées dans la deuxième série de questions, avec lesquelles nous nous sommes nous-mêmes débattus. Croyons-nous au projet que nous avons présenté ? Nous essayons généralement d’adopter une approche agnostique aux sujets que nous mettons en scène, de différer notre propre jugement afin d’éviter de fermer la porte à des concepts qui méritent d’être explorés et débattus. Cette attitude se double d’une décision consciente d’approcher le sujet à travers un personnage fictif, nous donnant la distance nécessaire pour traiter le projet comme le ferait un véritable acteur lorsque son rôle est en conflit avec notre opinion personnelle. Cette réflexion alimente toutefois notre propre connaissance des sujets, nous amenant ainsi à considérer certains éléments clés sous un jour nouveau. Dans ce cas, EXCEED nous a convaincu que l’économie de la donnée a réellement intégré notre vie quotidienne, et que la plupart d’entre nous ne se préoccupent de protéger notre vie privée que dans la mesure où cela ne nécessite pas d’efforts particuliers — comme la lecture des conditions générales. 



Euromesh, Dataculture, et Domaine Privé (FR)

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Coming up, N O R M A L S issue number 1

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